Après un hiver studieux à l'atelier, il est temps de sortir les nouveautés concoctées au cours de ces mois pluvieux. A présent qu'il fait extraordinairement chaud, venez profiter de la fraîcheur de la jolie petite église de Chassignelles, dans l'Yonne, où je présenterai mon travail récent, et peut-être aussi quelques rappels des expositions précédentes. Le vernissage aura lieu le samedi 11 juillet à 18 heures, si vous souhaitez partager vos impressions avec moi ou simplement un moment de convivialité. A bientôt !
La Municipalité de Tonnerre m'a invitée à faire partie des artistes exposés cet été dans les salles du rez-de-chaussée de la Maison Marland, qui remplace l'espace Bouchez d'abord parti en fumée puis récemment reconverti en halle ouverte, au milieu d'un jardin arboré.
C'est tout à côté que je remplirai deux salles de dessins et peintures consacrés au Tonnerrois, ce territoire que je parcours depuis bientôt 30 ans et qui enrichit régulièrement les pages de mes carnets. Cette fois, au sketching s'ajouteront des aquarelles, quelques huiles et des gouaches, technique que j'expérimente avec ferveur depuis peu.
Si vous passez par Tonnerre entre le 3 et le 26 juillet prochains, arrêtez-vous à la Maison Marland, où Monique vous renseignera sur les œuvres exposées en mon absence, ou n'hésitez pas à me contacter pour que je vous fasse en personne les honneurs de la visite.
L'Atelier de la Timbale, à Tronchoy, renfermera le reste de ma production et sera parallèlement ouvert, comme le reste de l'année, sur rendez-vous, pour étancher votre curiosité au sujet de mon travail.
En attendant, voici l'affiche que la stagiaire de la Mairie a finalisée avec une belle maîtrise.
Après deux expositions conjointes réalisées les années passées avec Eléonore Maingard, photographe, nous vous convions à la troisième édition, les 12 et 13 octobre prochains à mon atelier.
Décidément, ceux qui croyaient habiter au fin fond de l'Univers connu en s'installant à Tonnerre avaient tout faux : il se passe toujours quelque chose d'extraordinaire dans cette petite ville qu'on considère souvent comme en déclin. En déclin industriel, certes, démographique aussi, mais pas culturel, c'est déjà ça. J'en veux pour preuve l'exposition sidérante de Jean-Robert Dantou, un ethnographe qui a posé ses valises pendant 7 ans dans tous les lieux de la ville pour documenter le parcours de ses habitants, afin d'en tirer une thèse étayée par de nombreuses photographies poignantes. L'exposition "A balles réelles", qui s'est tenue à l'hôtel Coeurderoy pendant tout le mois de juin, a provoqué de vives réactions et suscité beaucoup d'intérêt, permettant de croire que l'art et l'empathie ont un véritable impact.
J'y suis allée musarder la première fois par curiosité. La demi-heure dont je disposais n'a pas suffi à épuiser la montagne d'informations offerte au public, mais m'a motivée à revenir, non seulement pour avoir le temps de tout voir et de tout lire, mais aussi pour dessiner le lieu et l'événement.
Un premier dessin a été réalisé en compagnie d'une autre sketcheuse disponible ce jour-là. Il y a eu des visiteurs tout le long, peu nombreux, mais en continu, qui s'imprégnaient dans un silence religieux après avoir passé le couloir d'entrée, tapissé des cartes d'électeurs dégoûtés par la fermeture programmées des urgences locales quelques années auparavant.
Le lieu n'invitait pas spécialement au recueillement, mais l'intensité des portraits brossés par l'ethnographe semblait saisir les gens. Une analyse documentée, fine, humaniste, des raisons de la misère, ça ne peut pas laisser indifférent. En prime dans un lieu décrépit, marqué par le manque de moyens d'une municipalité qui vient de le céder à un entrepreneur dont on espère qu'il en prendra le plus grand soin. Ca avait tout pour interpeler.
L'escalier à marquise qui menait jadis à l'ancienne bibliothèque municipale servait de support à l'ascension de M. Giuseppe Trotti, un tonnerrois connu de tous, d'origine italienne, que Jean-Robert a photographié bien des matins, lors de sa routine cycliste. Les heures imprimées derrière les tirages sont celles affichées par l'appareil photo, à chacun de ses passages.
Je suis revenue dessiner seule, peu après cette première tentative pour saisir l'atmosphère du lieu. Cette fois, j'ai visé la majesté un peu déglinguée des bâtiments, qui semblait illustrer parfaitement le propos de l'ethnographe, penché sur les parcours émouvants de personnes abîmées par la vie.
Puis je suis revenue lire tout ce qui se trouvait dans la salle de bal, au 1er étage, un jour que des scolaires remuants visitaient l'expo. Il s'agissait cette fois d'une réflexion sur la photographie, le regard, la bonne distance et l'exactitude. J'ai profité du bruit ambiant pour un petit portrait méditatif.
Une manière d'élucider un peu les manies incompréhensibles de mes contemporains, qui s'empoisonnent et se faisandent volontairement, tout en dégradant mon environnement olfactif... Je plaisante un peu, évidemment, les ressorts intimes sont toujours bien plus compliqués que mes analyses à la serpette.
J'y suis retournée encore, parce que je savais que Jean-Robert allait assurer des visites guidées et que je ne voulais pas manquer de faire sa connaissance. Ce que son expo et son travail disaient de lui faisait vraiment envie. Un regard doux posé sur des situations difficiles, ça changeait des sentences politiques à l'emporte-pièce, qui avaient vite fait de catégoriser et d'expédier. La campagne électorale rendait le sujet plutôt sensible, dans le même temps. L'ethnologue ne juge pas. Il constate, analyse, comprend... bref, on plaiderait volontiers pour une dotation décuplée aux facs de cette science-là si les temps n'étaient pas aux coupes budgétaires dans les domaines non indispensables, c'est-à-dire désindexés du CAC40...
Finalement, alors que je pensais mes visites achevées, je suis revenue sur les lieux que nous étions quelques uns à avoir du mal à quitter, à l'occasion d'un concert admirablement dans le ton du contenu de l'expo, qui faisait la part belle à Alain Bashung, en compagnie du dernier carré de fidèles avant le démontage.
Le lendemain, des élections allaient confirmer la validité de l'analyse de Jean-Robert d'une façon éclatante, couronnant le désespoir des oubliés par leur promotion aveugle de politiques qui n'attaqueraient jamais leurs véritables problèmes à la racine. Le moral n'était pas au beau fixe, et le temps a choisi d'illustrer ces idées maussades de manière mémorable, en clôturant ce dernier jour par une tempête historique à Tonnerre : des rafales à plus de 130 km/h se sont déclenchées quelques minutes après notre départ, ont arraché des arbres centenaires, fait voler des tuiles et noyé les environs sous des trombes d'eau et de grêle. Rien d'anodin ou de banal pendant ce mois de juin, décidément.
Même s'il pleut sans arrêt, le calendrier dit que l'hiver est fini. Il est donc grand temps de montrer la production hivernale à l'Atelier de la Timbale, tandis qu'il fallait chercher la lumière activement aux feutres ou à l'aquarelle, pour ne pas devenir neurasthénique dans la grisaille bourguignonne de cette année particulièrement humide... Venez-voir le résultat à l'Atelier deux week-ends en juin, ou prenez rendez-vous avec moi pour une visite privée. A bientôt !
Au lieu de passer le week-end à Nantes avec plus de mille sketchers de mon espèce, je m'étais engagée à croquer la première édition du festival international de la BD qui se tenait à Tonnerre (89) les 18 et 19 mai derniers. Camilla et Christophe, ses instigateurs, ont eu la gentillesse de m'associer non seulement à la rencontre elle-même mais aussi au prix Curiosophie, destiné à distinguer une première parution pour un auteur débutant, en tant que membre du jury. J'avais donc un peu de pain sur la planche, avec une quinzaine de lectures à effectuer, la réalisation d'une aquarelle pour doter la tombola destinée à lever des fonds pour l'organisation et, bien sûr, les croquis dessinés sur place pendant la rencontre, entre les stands des professionnels accourus de toutes parts pour participer à ce premier opus. Et ils étaient nombreux, pour un coup d'essai. Non seulement ça, mais en plus, ça dessinait sévère !
Pas de quoi m'intimider, au contraire, car il flottait du coup un air d'émulation graphique qui ne pouvait que me stimuler ! Mes premiers croquis n'étaient pas aussi libres que ceux qui ont suivi, il faut un tour de chauffe, mais, petit à petit, j'ai pris mon rythme, et, en deux jours seulement, j'ai noirci 23 pages de mon carnet en papier recyclé, propice au noir et blanc. Il faut dire qu'il y avait des physionomies intéressantes, en plus de toutes les BD alléchantes exposées sur les stands, des conférences et des rendez-vous divers, pour le tirage de la tombola, le discours du maire ou la remise du prix Curiosophie.
Je ne vais pas tout poster ici, je me contenterai d'ajouter le portrait de la personne ayant apporté, pour moi, une caution morale indiscutable à cette première édition : l'éditeur Wang Ning qui, contre vents et marées, et malgré les tracasseries pusillanimes de l'administration chinoise, s'obstine à publier dans son pays les BD qui retiennent son attention en France. Toutes susceptibles de fâcher les censeurs, bien entendu, car les choses qui nous semblent les plus anodines ici sont traquées et réprimées là-bas. Tout est sujet à pinaillage : un mot connoté négativement (comme printemps, par exemple, songez un peu, il rappelle trop le vent de liberté qui aurait secoué certains pays dans une histoire récente...), une allusion érotique (un point minuscule suggérant le téton d'une sirène sur le tatouage d'un personnage...), n'importe quoi. Il s'agit de protéger les citoyens de la décadence occidentale, bien entendu. Pas de quoi décourager l'admirable Wang Ning, venu tout spécialement de Pékin pour le Festival. Un cœur pur et courageux qui a fait souffler un vent d'héroïsme sur le public réuni au cinéma pour l'écouter.
Je ne vais pas non plus faire le catalogue de tous les invités prestigieux pour me contenter de ceux qui venaient de loin, notamment d'Italie, et ont provoqué des files d'attente comme du temps du rationnement alimentaire... Il faut dire qu'ils ont soigné leurs dédicaces, les bougres ! Les fans étaient ravis et n'ont pas regretté d'être venus d'autres régions, parfois, pour repartir avec des portraits soignés de personnages élaborés qui m'ont ébahie. Le professionnalisme est une denrée tellement rare ces derniers temps. Et en plus, ils sont aimables et drôles, il n'y a pas de justice.
Bref, une immersion graphique intense dont j'espère que les croquis glanés pendant ces deux jours vous donneront envie de venir voir ce qui se trame à Tonnerre lors des prochaines éditions, que j'attends déjà avec impatience !
Il était un peu trop tôt pour se réjouir, apparemment, et le joli printemps amorcé a vécu ce que vivent les roses mais, en attendant, ça m'a quand même permis de mettre le nez un peu dehors. D'abord lors de passages à Tanlay, où j'accompagnais une amie pour ses rendez-vous médicaux. Pendant ce temps-là, j'amortissais le trajet...
Ensuite avec ma voisine qui vient passer ses vacances dans sa résidence secondaire. Nous avons jeté notre dévolu sur la fermette de notre voisin, récemment décédé. Il s'amusait toujours énormément de la fascination qu'exerçait sur moi ce bric-à-brac qui le remplissait d'embarras : jamais il n'a compris ce que je pouvais lui trouver.
Et finalement, un petit week-end en Saône-et-Loire a complété ma collection, avant un retour frileux à l'atelier, pour finir de préparer mon exposition de printemps. De vrai printemps, pas d'avril déguisé en novembre...
Cet hiver, qui a commencé tôt, j'ai délaissé les carnets et le plein air, évidemment, pour rentrer dans ma caverne, comme d'habitude. J'avais des envies de lumière, mais de saison, pas celle éclatante des dessins sur le motif. Quoi de mieux que des scènes d'intérieur pour traquer les éclairages en demi-teintes ? Il se trouve qu'une ancienne confiserie, qui n'a, paraît-il, pas bougé depuis le Directoire, a ouvert ses portes généralement closes sur une journée exceptionnelle. C'était le moment de saisir les éclairages dramatiques de ce lieu abandonné mais pas complètement oublié. J'ai pris des photos qui m'ont ensuite servi de référence pour une série de natures mortes, à l'aquarelle ou aux feutres, sur papier blanc ou gris, dont voici un petit aperçu...
Ma petite série ne s'arrête pas là, mais comme je la destine à une exposition à l'atelier au printemps, dès que les plantes qui hivernent là seront retournées profiter des rayons du soleil, j'espère que vous aurez envie de venir découvrir la suite de vos propres yeux...
Après le confinement, beaucoup de parisiens ont remarqué que l'immobilier tonnerrois était à leur portée et leur offrirait un hâvre verdoyant en cas de nouvelle tuile sanitaire mondiale. Dans la vague démographique qui a suivi (+9% dans l'Yonne, quand même...), un couple a fait l'acquisition d'une belle maison toute contente d'échapper au délabrement qui n'aurait pas manqué de menacer, juste à côté de chez moi. Et, bonus, la nouvelle maîtresse de maison dessine depuis toujours et a commencé à participer aux safaris croquis que je propose régulièrement en tonnerrois.
Le week-end du 21 octobre, elle a invité 6 copines sketcheuses parisiennes à venir croquer avec nous. Et j'ai passé le mot à la petite équipe du coin, composée à ce jour de 14 personnes. Bon, on est content quand trois sont disponibles en même temps, mais on a du potentiel.
Voici donc la moisson de ces deux journées de découverte du Tonnerrois (le samedi à Tonnerre même et le dimanche à Tronchoy).
Les nivernais ont pris les choses en mains et sont en train de se monter un chapitre local d'Urban Sketchers. Il ne leur reste que trois mois d'activités soutenues pour devenir officiellement membres de la communauté. Comme ils organisaient le week-end dernier une rencontre à Clamecy, qui n'est qu'à 1h20 de chez moi, c'était l'occasion rêvée d'aller faire leur connaissance, puisque nous allions forcément être aménés à croquer ensemble dans l'avenir. La météo avait poussé Yolande, l'organisatrice, à la prudence, et nous avions rendez-vous au musée de Clamecy Romain Rolland, dont le directeur, M. Jacquin, a eu la gentillesse de rester un samedi pour nous faire faire une petite visite commentée, pleine d'anecdotes savoureuses.
J'ai posé mon tabouret dans les salles du XIXème siècle, bien entendu. Enfin, comme souvent, parce que je suis fascinée par les équilibres atteints à cette époque-là dans le domaine des arts. Il y avait notamment une petite statue rosée représentant une jeune fille en train de nourrir des poussins, qui a retenu l'attention de plusieurs croqueurs du groupe d'une douzaine de personnes présentes ce jour-là. Une fois posée en plein milieu de ma page, il fallait songer à organiser une composition harmonieuse autour d'elle... La salle des tableaux offerts à François Mitterrand pendant ses deux mandats (enfin, quelques unes seulement des 400 pièces collectées...) allait m'offrir l'occasion de jouer sur les couleurs. Restait à remplir un petit espace à droite, et la salle consacrée aux oeuvres de Loupot, un affichiste renommé dont la compagne était originaire de Clamecy, m'a donné la dernière idée dont j'avais besoin. Un petit tour à l'accueil pour faire une razzia de tampons et le tour était joué.
A la fin de la journée, nous avons sacrifié au rituel traditionnel des rencontres USk : le tamponnage des croquis, leur mise en commun et la photo de groupe.
Le directeur du musée a assisté à cette réunion finale et nous a confirmé son intention de garder un croquis en souvenir de cette journée, une première pour son établissement. J'avais probablement mal lu le mail détaillé de Yolande : je pensais qu'on devait tous laisser un croquis pour une exposition temporaire au musée. En réalité, un seul dessin devait rester définitivement, et j'ai eu l'excellente surprise que ce soit le mien. A vrai dire, je ne m'attendais pas du tout à entrer dans un musée de mon vivant ! J'en remercie chaleureusement Yolande, administratrice du futur chapitre nivernais, et M. Pierre-Antoine Jacquin, directeur du musée.