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C'est bien clair : ça n'est pas tant pour croquer des maisons ou des églises que j'attends avec impatience les rassemblements de sketchers, quel qu'en soit l'organisateur, mais bien parce que cela me donne l'occasion de retrouver des têtes connues, et ça, ça fait toujours plaisir, comme dirait une poétesse contemporaine méconnue en retrouvant à sa 2ème visite bourguignonne le canard blanc qui habite près du bief, au centre ville. 

Mes canards à moi se baladent avec des sacs à dos bourrés de matériel et se retrouvent en moyenne toutes les deux heures à la terrasse des cafés.  Leurs journées se concluent invariablement par un "drink and draw" (ces anglicismes sont le prix à payer pour n'avoir pas inventé le concept en premier chez nous mais aussi pour avoir perdu à une voix près lors du vote qui a décidé quelle langue, du français ou de l'anglais, servirait pour la communication courante dans une démocratie toute jeune du bout du monde au XVIIIème siècle...) au cours duquel ils se montrent leur moisson de la journée et échangent des considérations techniques sur leurs instruments...

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Je traîne souvent avec une petite équipe franco-espagnole, autobaptisées "les Dessinadores", qui peut revendiquer l'invention strasbourgeoise de la "siesta and draw", concept audacieux qui ajuste au plus près les nécessités de la chasse éreintante aux croquis et de la nomenclature officielle d'USk, qui n'en est probablement encore qu'à ses balbutiements et nécessite à l'évidence quelqes aménagements locaux. 

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Autre invention strasbourgeoise : le croquis à 2 mains (enfin, 4, s'entend, mais une sur deux ne sert pas à grand-chose sauf en cas de grand vent...).  Marion Rivolier et moi avons officiellement lancé une nouvelle manière d'aborder le sketching, en mêlant nos deux façons très différentes de saisir le monde autour de nous.  D'abord, mon trait méticuleux (je choisis un adjectif neutre, j'en ai entendus de plus connotés!) puis sa couleur audacieuse, qui apporte quelque chose de neuf à mes carnets.  Plus satisfaisant que le croquis à 6 mains tentés à la dernière rencontre tonnerroise à Autour du Pressoir, sur lequel nous nous étions contentés de juxtaposer des éléments de dessin.

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Dernière innovation, le portrait parcellaire, voire en forme de synecdoque, qui réduit son sujet à un détail.  Fréquent en matière d'architecture, plus rare quand on ne réduit pas un portrait à un visage.  Mais finalement, tout peut être éloquent, pour peu qu'on se penche attentivement sur la question.